L’Élysée rappelle l’obligation dans les lycées français de lire le 22 octobre la lettre de Guy Môquet, otage fusillé par les nazis à Châteaubriant. Cette immixtion dans le travail des enseignants traduit une singulière ignorance de l’Histoire.
Les nazis avaient coutume en France de laisser à leurs victimes quelques minutes pour écrire à leurs proches avant de les fusiller, aussi cette lettre n’a-t-elle hélas rien d’exceptionnel et l’on aurait pu offrir à la réflexion des élèves des lettres de véritables combattants, tel Honoré d’Estienne d’Orves, ou des lettres de lycéens qui se sont dressés contre le nazisme, comme les cinq martyrs du lycée Buffon.
Rappelons que Guy Môquet, fils d’un député communiste arrêté pour s’être opposé en 1939 à la guerre avec l’Allemagne, a été lui-même incarcéré avant d’avoir pris conscience du seul combat qui comptait à son époque, celui contre le nazisme. Le général de Gaulle, à la Libération, lui a néanmoins reconnu la qualité de résistant par opportunisme politique, afin d’amadouer le très influent parti communiste.
Par-delà l’équivoque qui entoure l’itinéraire de Guy Môquet, on peut se demander s’il est judicieux de la part du président Nicolas Sarkozy, engagé dans de subtiles négociations européennes, de réduire la mémoire nationale au dernier conflit avec nos amis allemands.