Umberto Eco s’est acquis une célébrité universelle avec son roman historico-policier : Le nom de la Rose (titre original : Il nome della rosa, 1980). Jean-Jacques Annaud en a tiré en 1986 un film à grand spectacle avec Sean Connery dans le rôle de l’enquêteur-inquisiteur Guillaume de Baskerville.
Le roman, plein d’érudition, est superbe et passionnant, tout autant que le film,… à un détail près : l’action est censée se situer en l’an de grâce 1327, dans le scriptorium d’une abbaye entre Provence et Ligurie, où des moines se consacrent à la rédaction de manuscrits. Or, les monastères d’Occident ont abandonné la confection des manuscrits à des ateliers laïcs dès les années 1200. Quand commence le roman, les scriptoria monastiques comme celui-ci ont donc disparu depuis plus d’un siècle !
Cette erreur est d’autant plus dommageable qu’il eut suffi à l’auteur de quelques arrangements mineurs pour déplacer l’intrigue romanesque du Nom de la Rose au milieu du XIIe siècle, chez les cisterciens, quand s’achevait la réforme grégorienne et que prenait son essor l’hérésie cathare…
Qui plus est, la représentation misérabiliste par Jean-Jacques Annaud de l’abbaye, de ses moines et de ses serfs, eut paru plus plausible à cette époque-là qu’au début du XIVe siècle, à la fin du «beau Moyen-Âge»…