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Un président «Noir» à l’Élysée

Depuis l’élection de Barack Obama, la presse française rivalise de sondages sur le thème : «Voteriez-vous pour un candidat noir à l’Élysée ?» et chacun de disserter sur les blocages hexagonaux.

Notons d’abord que les sondages seraient plus pertinents avec une question du genre : «Si le meilleur candidat à l’Élysée de votre point de vue était noir, voteriez-vous malgré tout pour lui ?». Notons aussi que les Français, bien avant les Américains, ont été à deux doigts d’avoir un métis à l’Élysée sans que d’ailleurs l’éventualité fit frémir quiconque ! C’était en 1968 et le Sénat était alors présidé par Gaston Monnerville.

Gaston  Monnerville (1897-1991)Ce petit-fils d’esclave né en Guyane le 2 janvier 1897, élève brillantissime à la faculté de droit de Toulouse, sous-secrétaire d’État aux colonies en 1937 et 1938, était devenu sénateur du Lot (Gauche démocratique) en1948. Élu à la présidence du Sénat le 4 octobre 1958, au tout début de la Ve République, il s’oppose avec vigueur au projet gaullien d’élire le président de la République au suffrage universel et lance à ce propos l’accusation très grave de «forfaiture» (non sans fondement juridique).

Pendant les événements de Mai 68, quand le président de Gaulle s’éclipse à Baden-Baden, il s’en faut de peu qu’il n’assure la présidence de la République par intérim comme le prévoit la Constitution. Il s’en prend ensuite au projet de De Gaulle d’un nouveau référendum qui viserait à réduire le rôle de la haute Assemblée et, pour marquer son opposition, démissionne de la présidence du Sénat le 5 octobre 1968 (il n’a encore «que» 71 ans). Il est remplacé par Alain Poher. Sept mois plus tard, le 28 avril 1969, c’est ce dernier qui devient président de la République par intérim, le président de Gaulle ayant démissionné après l’échec de son référendum. Alain Poher assumera une deuxième fois l’intérim après la mort du président Pompidou, le 2 avril 1974 (Gaston Monnerville avait démissionné de son siège de sénateur un mois plus tôt, le 5 mars 1974).

L’exemple de Gaston Monnerville, aujourd’hui inconcevable, illustre le recul de la «diversité» au sein de la classe politique française au cours du dernier demi-siècle en dépit d’une très importante immigration. Ce recul concerne aussi les femmes, moins nombreuses parmi les élus qu’au début de la IVe République. À cela une raison principale : le cumul des mandats, qui permet à quelques jeunes hommes bien nés de consolider d’une élection à l’autre leur assise politique et d’exclure tous les francs-tireurs de la compétition.

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3 commentaires pour “Un président «Noir» à l’Élysée”

  1. Claude Rochet dit :

    Vous citez l’opposition virulente de Monnerville à De Gaulle, mais vous précisez qu’il: “lance à ce propos l’accusation très grave de «forfaiture» (non sans fondement juridique).
    Il serait bon de préciser de quels “fondements juridiques” il pourrait s’agir, d’autant plus que cette modification de la Constitution, faite selon les normes prévues par la Constitution, a été ratifié par le peuple par plus de 62% des suffrages.
    Je vois donc mal comment ce qui a été ratifiée par le peuple dans les normes prévues par la Constitution pourrait être constitutif d’une “forfaiture”

    Pour ce qui est du role des personnes “de couleur”, citons également Félix Eboué qui, lui, était un gaulliste de la première minute.


    André Larané répond :

    Le terme de «forfaiture», utilisé à l’époque par le président du Sénat à l’encontre du président de la République à propos du recours à la procédure du référendum selon l’article 11 sans vote préalable du Parlement, était juridiquement justifié car ce référendum relevait normalement de l’article 89. Avoir eu juridiquement raison n’a pas empêché le président du Sénat d’avoir politiquement tort puisque le peuple a tranché, comme l’a noté APRES COUP le Conseil Constitutionnel qui s’était bien gardé de se prononcer avant le vote sur cette controverse juridique.

    Si le Conseil Constitutionnel avait eu le courage de se prononcer AVANT la tenue du scrutin, il aurait eu du mal à ne pas suivre le Président du Sénat car la différence de nature entre les référendums article 11 et article 89 est assez claire dans la Constitution.

    Cela dit, votre remarque rejoint la réaction a posteriori du Conseil Constitutionnel pour juger que le peuple souverain s’étant prononcé, aucune instance ne pouvait désormais aller à l’encontre de sa volonté.

  2. Osiris dit :

    Je suis perplexe devant le déluge d’autoflagellation des Européens s’accusant de ne pouvoir envisager d’élire un dirigeant de couleur. Tout d’abord, la population noire s’élève aux environs de 15 % aux E-U, proportion dix fois plus élevée que dans n’importe quel pays européen. D’autre part, la pratique d’assimilation des allogènes est attestée depuis l’Antiquité (empereurs romains espagnols, gaulois, africains ou asiatiques). Le « maure de Venise », puis Alexandre Dumas, Alexandre Pouchkine témoignent d’un accueil bienveillant de nos ancêtres. Innombrables sont les exemples de dignitaires étrangers (généraux, ambassadeurs, ministres) ayant servi des souverains de leur propre chef, sans soulever d’opposition considérable - en France, les Gondi, Mazarin, le maréchal de Saxe.

    Il n’en est pas moins vrai que la haute administration et le corps politique - en France particulièrement - sont aujourd’hui peu accessibles aux descendants d’immigrés ou aux étrangers. Le cas de l’armée est encore plus radical.

  3. verger dit :

    “L’exemple de Gaston Monnerville, aujourd’hui inconcevable, illustre le recul de la «diversité» au sein de la classe politique française.”

    A-t-on des statistiques sur le nombre de députés et sénateurs noirs à l’époque et maintenant ?

    Gaston Monnerville a sûrement été apprécié, de tous les bords politiques, non pas en raison de sa couleur de peau, mais par ses compétences et la force de son engagement. Il ne représentait pas cette idée de la “diversité” qui m’incommode au plus haut point. A-t-on aujourd’hui des exemples de personnalités politiques non blanches (pourquoi “issues de l’immigration ?) ayant une réelle capacité à mener ?
    Dieudonné ? quant à Christine Taubira, présentée par un parti auquel elle n’appartenait pas, elle a eu le score de sa formation. Ni plus (les noirs n’ont pas voté pour elle), ni moins (les radicaux de gauche ne se sont pas abstenus de voter pour elle du fait de sa couleur).

    Je plains les USA d’avoir un président élu par critère racial (90% des afro-américains se sont exprimés pour lui alors historiquement ils votent plutôt républicain). On voit déjà les errements d’Obama dans l’affaire de ce policier blanc. Quoi de plus normal. Élu par les noirs, c’est eux qu’il devra satisfaire en premier… Face à ce communautarisme qui conduit à l’impasse, la carrière de Monnerville est un exemple… et el modèle français bien mieux concevable.

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