Le nom de la Rose ne fait pas son âge
Umberto Eco s’est acquis une célébrité universelle avec son roman historico-policier : Le nom de la Rose (titre original : Il nome della rosa, 1980). Jean-Jacques Annaud en a tiré en 1986 un film à grand spectacle avec Sean Connery dans le rôle de l’enquêteur-inquisiteur Guillaume de Baskerville.
Le roman, plein d’érudition, est superbe et passionnant, tout autant que le film,… à un détail près : l’action est censée se situer en l’an de grâce 1327, dans le scriptorium d’une abbaye entre Provence et Ligurie, où des moines se consacrent à la rédaction de manuscrits. Or, les monastères d’Occident ont abandonné la confection des manuscrits à des ateliers laïcs dès les années 1200. Quand commence le roman, les scriptoria monastiques comme celui-ci ont donc disparu depuis plus d’un siècle !
Cette erreur est d’autant plus dommageable qu’il eut suffi à l’auteur de quelques arrangements mineurs pour déplacer l’intrigue romanesque du Nom de la Rose au milieu du XIIe siècle, chez les cisterciens, quand s’achevait la réforme grégorienne et que prenait son essor l’hérésie cathare…
Qui plus est, la représentation misérabiliste par Jean-Jacques Annaud de l’abbaye, de ses moines et de ses serfs, eut paru plus plausible à cette époque-là qu’au début du XIVe siècle, à la fin du «beau Moyen-Âge»…


15 août 2008 à 11:36
Certes, mais la Sainte Inquisition, centrale au roman, était-elle présente au XIIe siècle ?
Herodote.net répond :
Certes pas mais on pouvait imaginer une intrigue similaire autour d’enjeux aussi aigus (querelle des investitures, réforme de l’Eglise).
25 août 2008 à 14:01
… et pas de franciscains non plus : cela fait beaucoup d’ouvrage pour quelques copies pour Il professor Umberto Eco
30 août 2008 à 22:23
Vous avez raison. Evidemment raison. Mais c’est oublier que “Le Nom de la Rose” est un création littéraire qui se joue allègrement des temps historiques, qui réalise une compression temporelle. Marguerite Yourcenar, qui est supposée avoir tenu de plus près la vérité historique passerait de même “au bûcher des historiens”, ne serait-ce que parce qu’elle fait parler Hadrien comme écrivait de Gaulle. “Le nom de la Rose” est une oeuvre littéraire, qui revendique l’erreur. Non ?
4 novembre 2008 à 10:01
Je suis d’accords avec vous pour ce qui est de l’anachronisme… Pourtant, je ne pense pas que le XIIe siècle (siècle de Bernard de Clairvaux, de l’abbé Suger de Saint-Denis, d’Abélard et de Pierre le Vénérable) puisse correspondre à une quelconque image de misérabilisme… Bien au contraire!
2 décembre 2008 à 12:23
Intéressant !!!
Je reste malgré tout “accro” à ce roman, par-delà ses imperfections…
Sachant que je maintiens un site dont le but premier est d’aider à la lecture du roman “Le Nom de la Rose”, mais parfois d’aller un peu au-delà (toujours, cela dit, au sujet exclusif de ce roman), suis-je autorisé à reproduire l’information en question (anachronisme) dans mon site ?
Bien entendu, dans pareils cas, je prends bien soin de “rendre à César…”, en citant scrupuleusement mes sources !
Au cas où, mon site est le suivant : http://nomina.nuda.tenemus.free.fr
Attention : il est en construction, pour encore pas mal de temps !!!
Amicalement, Pascal.