Coup de coeur : La question postcoloniale
Si l’on devait distinguer le livre de l’année en Histoire, sans doute serait-ce La question post-coloniale !
Dans une langue limpide, Yves Lacoste dénonce les méfaits d’une mode intellectuelle qui voudrait nous convaincre que la colonisation et l’esclavage sont le péché originel de l’Occident et des Occidentaux.
Avec érudition et pédagogie, le grand historien-géographe retrace l’Histoire des colonisations et montre qu’il n’y a pas derrière celles-ci de projet «impérialiste» conscient et planifié. Il invite chacun - et en particulier les enfants d’immigrés - à réapprendre l’amour de leur pays, la France.
Tags: colonisation, Yves Lacoste


24 mai 2010 à 1:58
S’il s’agit de l’immigration venue des anciennes colonies vers les anciennes métropoles du Royaume Uni et de France, alors ce serait la dette de ces anciennes métropoles envers les descendants de leurs anciennes troupes coloniales. Pour les colonies d’exploitation, ce serait peut-être aussi une dette à honorer. Les Pays Bas ont relativement peu d’habitants des anciennes Indes Néerlandaises Orientales sur leur territoire. Pourquoi? Ne serait-il pas une simple immigration des populations pauvres vers les pays riches pour tenter l’aventure d’une nouvelle vie? Entre autres, les États-Unis et le Canada se sont bâtis sur cette immigration.
24 mai 2010 à 3:07
Bravo à vous pour parler de ce livre, et donner envie de le lire. Je crois que la vérité, même discrétement, finit toujours par sortir du puits. Nous vivons avec des tonnes d’idées fausses qui empoisonnent la vie de tous les jours. Les livres de Robert C. Davis, de Tidiane N’Diaye et de tant d’autres historiens comme Yves Lacoste combattent l’ignorance criminelle.
Merci à vous. J’habite le Québec et je vais commander ce livre.
24 mai 2010 à 3:57
Herodote a de très bons articles mais dès qu’il est question de colonisation ou d’esclavage, période sombre de l’Europe, les propos deviennent subjectifs.
24 mai 2010 à 5:51
tout finit par arriver meme la verite;j’ vecu 14 ans en afrique et cela fait plaisir que quelqu’un de reconnu contredise les petits bricoleurs parisiens qui trafiquent la veritable histoire pour confirmer des idees fumeuses de repentance et autres stupidites gauchistes artificieles sur la colonisation.
24 mai 2010 à 7:26
Je trouve que lauteur Yves Lacoste est gonflé
24 mai 2010 à 7:42
Enfin un document vrai et intelligent.
Quel affreux pouvoir possèdent les “modes intellectuelles” relayées par les médias d’entretenir le mensonge et d’abimer des générations.
Combien vont lire ce livre qui va à contre courant.
Qui va oser à la télé nous en parler????
à suivre..
24 mai 2010 à 7:55
Je vais faire l’effort de lire ce livre, mais je doute qu’il change mon point de vue sur la question d’une dette post-coloniale. D’autant que le postulat de départ me gène assez : en quoi les familles d’aujourd’hui connaissent mal leur propre histoire familiale ? c’est déjà une posture coloniale que d’affirmer cela. Je bosse au quotidien avec ses populations issues de la colonisation et de l’immigration. Je ne vais pas en faire des victimes, ce serait exagéré, mais tout de même. La façon dont le regard se porte sur ces enfants de la république pas tout à fait comme les autres vient pour beaucoup d’une vision de colon qui sait et qui veut dominer. Je travaille dans le Béarn, que l’on pourrait considérer comme loin de tout cela, et pourtant, je sens ces forces du rejet et du mépris très présentes. Le tout lié à l’histoire. J’affirme d’ailleurs que dans beaucoup de pays cette colonisation n’a pas cessé, mais qu’en France aussi. La politique des “grands frères” instituée par la politique de la ville n’était rien d’autre qu’une forme de caïda. Comme pour le trafic d’ébène (ce n’est pas une intention à grande échelle ça ?), ce n’est pas l’homme blanc qui l’a inventé, mais il l’a utilisé à outrance et démultiplié.
Est-ce le fait que Lacoste soit un fondateur d’Hérodote qui vous interdit tout esprit critique ? Je ne doute pas de la pertinence de son propos, mais si Lacoste a vécu directement la question coloniale, je ne voit pas comment il pourrait connaitre quoi que ce soit des réalités urbaines actuelles ; et je mesure chaque jour à quel point notre société s’éloigne des quartiers de relégation que nous avons créé de toutes pièces et qui sont aujourd’hui des ghettos.
24 mai 2010 à 8:50
Un monde à venir. Entretien avec Cornélius Castoriadis
Propos recueillis par Olivier Morel, mercredi 01 juin 1994
http://www.republique-des-lettres.fr/232-cornelius-castoriadis.php
EXTRAIT :
Quel est le rôle, dans cette évolution, de la fameuse “culpabilité” de l’Occident ?
Cornélius Castoriadis : … Il y a en revanche quelque chose qui est la spécificité, la singularité et le lourd privilège de l’Occident : cette séquence social-historique qui commence avec la Grèce et reprend, à partir du xie siècle, en Europe occidentale, est la seule dans laquelle on voit émerger un projet de liberté, d’autonomie individuelle et collective, de critique et d’autocritique : LE DISCOURS DE DENONCIATION DE L’OCCIDENT en est la plus éclatante confirmation. Car on est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. MAIS JE N’AI JAMAIS VU LES DESCENDANTS DES AZTEQUES, LES INDOUS OU LES CHINOIS, faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la Seconde guerre mondiale. Les Arabes dénoncent sans arrêt leur colonisation par les Européens, lui imputant tous les maux dont ils souffrent - la misère, le manque de démocratie, l’arrêt du développement de la culture arabe, etc. Mais la colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans: c’est le cas de l’Algérie, de 1830 à 1962. MAIS CES MEMES ARABES ONT ETE REDUITS EN ESCLAVAGE ET COLONISES PAR LES TURCS PENDANT CINQ SIECLES.
La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVe siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans - donc les Arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêté vers le xie, au plus le XIIe siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’Arabes - pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du xvie siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIe siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci: que la spécificité de la civilisation occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Il y a dans l’histoire occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a créé cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre être humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime.
24 mai 2010 à 9:20
J’apprécierai de lire cet ouvrage qui me réconciliera , j’espère, avec son auteur qui écrivit un certain pamphlet (1 )” La Géographie ça sert d’abord à faire la guerre ” !
herlé Carn
(1) en substance car ce titre date de 30 années ou plus ?
24 mai 2010 à 10:02
Bonjour à tous;
Je me souviens, dans mon enfance, quand la” soviétisation” des esprits européens étaient la norme, ceux qui osaient dire ce que démontrent certains historiens aujourd’hui, étaient traités de “Fachos”; en conséquence, ils étaient intellectuellement morts…
Les “medias officiels” freinent la transmission de ce genre de travaux et Hérodote sort grandi de faire connaître cet ouvrage d’Yves Lacoste.
Louis
24 mai 2010 à 10:19
Très bon commentaire.
le mouvement de repentance est un retro pédalage pervers.
On peut, à la fois, considérer que le droit des peuples à disposer d’eux-même est un droit fondamental, critiquer les derniers relents de colonialisme et fermement refuser de transformer la condamnation du colonialisme en nécessité de repentance.
24 mai 2010 à 10:48
“ce n’est pas l’homme blanc qui l’a inventé,”:non seulement qui l’a inventé mais c’est lui qui l’a rapidement aboli par la loi de 1848. Alors pourquoi n’entendons-nous pas parler de ceux qui l’ont toujours pratiqué, en Afrique particulièrement et qui continuent encore?
Merci Yves Lacoste, merci Cornélius Castoriadis.
24 mai 2010 à 14:31
Commentaire qui prête à la lecture d’une histoire méritant une relation plus équilibrée que celle servie par le conformisme présent.
25 mai 2010 à 12:02
Bonjour,
Dire que la colonisation de l’Algérie n’était pas planifier serait un mensonge historique….je suis choqué de lire cela sur vos colonnes…je crois qu’on peut essayer d’être objectif sur des événements qui se sont déroulés il y’a 150 ans…même si aucune des deux parties ne peut et ne doit assumée les actes de ses ancêtres…L’objectivité est le reflet du professionnalisme et de l’honnête…
Je pourrais écrire pendant longtemps mais j’ai juste voulu faire passer l’idée.
Merci
26 mai 2010 à 18:16
Voici bientôt 65 années que l’enseignement supérieur français réécrit, histoire, politique, géographie, philosophie, sociologie, en trempant sa plume dans l’encrier rouge d’un marxisme dilué par de “bons sentiments”, chaussant les lunettes de Michelet et prétendant se hausser au niveau de Barthes. Les 3 ou 4 dernières générations ont vu leur intelligence étouffée par des discours toujours mono orientés et psycho rigides. On peut être philosophe, économiste, juriste ou historien sans adhérer au SNES SUP. Rares furent les voies originales capables de chanter une autre partition : Raymond Aron, Raymond Barre, Pierre Chaunu, René Rémond, et plus récemment Jean-Robert Pitte (hélas évincé de Paris IV, …), etc. Cet ouvrage est à rapprocher de l’excellent livre de Philippe Nemo : “Qu’est-ce que l’Occident ?”, une des voies originales d’aujourd’hui. Le terrorisme intellectuel existe bel et bien. Il tue le lien social que crée l’histoire commune d’une nation. Ils sont nombreux les intellectuels ou diplomates francophones, de toutes races, religions ou couleurs, à vous dire, à mots tout juste couverts, que l’indépendance n’a pas su gérer les bienfaits de la colonisation. Car si nous déplorons avec eux les excès et les “bavures”, nous avons de ce passé là, une image déformée par un complexe de culpabilté véhiculé par la pensée unique et inique ! Le cinquantenaire de l’indépendance, en Afrique, a été un fiasco. les autorités françaises se sont empêtrées dans leurs contradictions, tandis que les populations africaines ne comprenaient pas comment on pouvait célébrer 50 ans d’échec économique, politique et social …
8 juin 2010 à 19:23
Pour sortir des confusions (à la fois fondre l’un dans l’autre et prendre l’un pour l’autre), la colonisation est simplement un peuplement animal et végétal sur un nouveau territoire en biologie. En anthropologie, politologie et sociologie, il y a eu le “Drang nach Osten” germanique (poussée vers l’Est) en Europe qui a façonné l’Europe centrale (Mittle Europa) et le “Nam Tiên” (marche vers le Sud) des Viêts (du “Yue” cantonnais) qui a balayé le royaume Champa et repoussé le royaum Khmer (Cambodge) au-delà du delta du Mékong. En élargissant au monde, la colonisation n’est pas seulement européenne. Le contiment américain a été colonisé ou peuplé en différentes vagues par des populations sibériennes à la poursuite du gibier par des voies terrestre et maritime.
Pour la France, en retard d’une colonisation après les nations maritimes, les colonies, coûteuses à l’État, donnaient le prestige du statut de grande nation, comme la danseuse pour le bourgeois du XIXème siècle. Avec les colonies, le budget de l’État était déficitaire. Pour cela, les colonies françaises d’Amérique ont été rapidement abandonnées
8 juin 2010 à 19:24
Pour sortir des confusions (à la fois fondre l’un dans l’autre et prendre l’un pour l’autre), la colonisation est simplement un peuplement animal et végétal sur un nouveau territoire en biologie. En anthropologie, politologie et sociologie, il y a eu le “Drang nach Osten” germanique (poussée vers l’Est) en Europe qui a façonné l’Europe centrale (Mittel Europa) et le “Nam Tiên” (marche vers le Sud) des Viêts (du “Yue” cantonnais) qui a balayé le royaume Champa et repoussé le royaum Khmer (Cambodge) au-delà du delta du Mékong. En élargissant au monde, la colonisation n’est pas seulement européenne. Le contiment américain a été colonisé ou peuplé en différentes vagues par des populations sibériennes à la poursuite du gibier par des voies terrestre et maritime.
Pour la France, en retard d’une colonisation après les nations maritimes, les colonies, coûteuses à l’État, donnaient le prestige du statut de grande nation, comme la danseuse pour le bourgeois du XIXème siècle. Avec les colonies, le budget de l’État était déficitaire. Pour cela, les colonies françaises d’Amérique ont été rapidement abandonnées
8 juin 2010 à 19:25
Pour sortir des confusions (à la fois fondre l’un dans l’autre et prendre l’un pour l’autre), la colonisation est simplement un peuplement animal et végétal sur un nouveau territoire en biologie. En anthropologie, politologie et sociologie, il y a eu le “Drang nach Osten” germanique (poussée vers l’Est) en Europe qui a façonné l’Europe centrale (Mittel Europa) et le “Nam Tiên” (marche vers le Sud) des Viêts (du “Yue” cantonnais) qui a balayé le royaume Champa et repoussé le royaume Khmer (Cambodge) au-delà du delta du Mékong. En élargissant au monde, la colonisation n’est pas seulement européenne. Le contiment américain a été colonisé ou peuplé en différentes vagues par des populations sibériennes à la poursuite du gibier par des voies terrestre et maritime.
Pour la France, en retard d’une colonisation après les nations maritimes, les colonies, coûteuses à l’État, donnaient le prestige du statut de grande nation, comme la danseuse pour le bourgeois du XIXème siècle. Avec les colonies, le budget de l’État était déficitaire. Pour cela, les colonies françaises d’Amérique ont été rapidement abandonnées
9 juin 2010 à 2:10
“Ense et aratro” (par l’épée et la charrue) des “coloniae” romaines qui ont bâti l’empire romain. Les colonisations ne sont pas seulement européennes, pour sortir des clichés. Le Viet Nam s’est bâti par un peuplement venu du Canton qui a repoussé en “hautes régions” les peuplements antérieurs austronésiens, comme les Francs ont repousé les Celtes.
http://www.erudit.org/revue/ei/1987/v18/n3/702210ar.pdf
6 juillet 2010 à 20:07
L’arbre francocentrique masque l’immense forêt postcoloniale dans le monde et dans l’histoire. Après les États-Unis et Haïti, les pays d’Amérique se sont émancipés de leurs tutelles coloniales au XIXème siècle, à l’exception du Canada resté fidèle à la Couronne. Aux deux guerres mondiales, ces deux anciennes colonies britanniques ont secouru la Grande Bretagne sur les plans diplomatique, économique et militaire, comme les autres membres du Commonwealth qui n’est plus l’Empire. Ce commonwealth est “postcolonial” à l’Empire.