Herodote.net

Le Flash d’Hérodote

chaque fois que l’actualité de l’Histoire le justifie

Archive pour novembre 2008

Franck Ferrand brave les tabous

Dimanche 30 novembre 2008


Dans L’Histoire interdite, révélations sur l’Histoire de France (204 pages, octobre 2008, Tallandier, 17,90 €), Franck Ferrand, écrivain d’histoire et chroniqueur, bouscule les conventions sur des sujets de premier choix : Alésia, Jeanne d’Arc, Corneille, Napoléon, Dreyfus…

En exclusivité pour Herodote.net, voici un entretien entre Franck Ferrand, Pierre Baron, directeur de la rédaction d’Historia et Richard Fremder (35 minutes).

Écouter :

Sarkozy, Napoléon III, même combat ?

Lundi 17 novembre 2008

La presse française ne se fait pas prier pour dresser une statue à l’actuel président de la République française. Le Nouvel Observateur l’a comparé à Louis XIV. Voilà maintenant Le Monde (15 novembre 2008) qui en appelle à l’historien Pierre Milza pour assimiler Nicolas Sarkozy à Napoléon III. La comparaison est osée.

- D’un point de vue strictement humain, tout oppose Nicolas Sarkozy à l’exilé au nom prestigieux mais dépourvu de talent oratoire, qui milita dans des groupes révolutionnaires, était mû par de grands principes (socialisme, droit des peuples,…) et témoigna une sincère compassion pour les classes populaires.
- D’un point de vue politique, les deux hommes sont également très dissemblables : ainsi Napoléon III n’a-t-il pas craint de braver l’impopularité pour imposer le traité de libre-échange avec l’Angleterre, l’Union monétaire latine ou encore les futurs peintres impressionnistes (il s’est seulement soumis au diktat de l’opinion en 1870, quand celle-ci réclamait la guerre contre la Prusse !) ; Nicolas Sarkozy, quant à lui, cherche d’un discours à l’autre l’assentiment de son public, au risque parfois de se contredire.
- Enfin, les époques ne sont pas comparables : en 1848, la France se préparait à entrer dans la révolution industrielle. En 2007, c’est un pays parmi les plus industrialisés et les plus modernes du monde, qui ne souffre que de l’archaïsme de son administration, de sa classe politique et de sa fiscalité. Il est abusif de comparer l’action modernisatrice de Napoléon III et celle de Nicolas Sarkozy, cette dernière se résumant pour l’instant à la création de nouvelles taxes et niches fiscales ainsi qu’à des économies de fonctionnement dans les zones rurales, l’éducation et l’armée.

Transmis par Joseph Savès

Comprendre la Grande Guerre… avec Jean-Jacques Becker

Mardi 11 novembre 2008

Herodote.net s’est entretenu avec l’historien Jean-Jacques Becker, professeur émérite à l’Université de Paris-X Nanterre et président du centre de recherche de l’Historial de la Grande Guerre (Péronne), sur les origines de la Grande Guerre de 14-18 et la signification qu’elle peut encore revêtir après la disparition de notre dernier «poilu».

L’historien Jean-Jacques Becker a été interviewé le 14 mars 2008 par Richard Fremder pour Herodote.net. Il nous raconte…

Entretien avec Jean-Jacques Becker
Écouter :

Jean-Jacques Becker : la Grande Guerre 90 ans après

14-18 : bruit, fureur… et oubli

Mardi 11 novembre 2008

France 2 a diffusé le 11 novembre 2008 un très remarquable «docufilm» de Jean-François Delassus : Le bruit et la fureur. Il raconte la Grande Guerre avec des vidéos d’époque et des extraits de films liés par le commentaire off d’un «poilu» fictif. Le drame nous paraît d’autant plus proche que les vidéos ont été colorisées et parfois vocalisées. Notons toutefois quelques conformismes dans l’air du temps :

- le film fait la part trop belle aux «mutineries». Or, même si les dirigeants français, de Lionel Jospin à Nicolas Sarkozy, en font des tonnes dans la repentance à l’égard des fusillés, ce phénomène est resté marginal et sa marginalité même atteste de l’incroyable consensus national autour de l’effort de guerre.

- Verdun est évoqué sans que soit cité le nom de Pétain. Celui-ci est tout juste présenté comme le successeur habile de Nivelle. Comment comprendre dans ces conditions que l’écrasante majorité des Français ait applaudi à l’arrivée au pouvoir du Maréchal en juin 1940 ?

- L’Alsace-Lorraine est présentée comme un but de guerre de la France en 1914 et son annexion en 1918 comme une source d’allégresse chez ses habitants. En fait, en 1914, cela faisait près de deux générations qu’elle était «terre d’Empire» et la plupart des Français s’en étaient accommodés. Par ailleurs, son retour dans le giron national en 1918 s’est fait avec beaucoup de non-dits et de silences résignés.

Un président «Noir» à l’Élysée

Vendredi 7 novembre 2008

Depuis l’élection de Barack Obama, la presse française rivalise de sondages sur le thème : «Voteriez-vous pour un candidat noir à l’Élysée ?» et chacun de disserter sur les blocages hexagonaux.

Notons d’abord que les sondages seraient plus pertinents avec une question du genre : «Si le meilleur candidat à l’Élysée de votre point de vue était noir, voteriez-vous malgré tout pour lui ?». Notons aussi que les Français, bien avant les Américains, ont été à deux doigts d’avoir un métis à l’Élysée sans que d’ailleurs l’éventualité fit frémir quiconque ! C’était en 1968 et le Sénat était alors présidé par Gaston Monnerville.

Gaston  Monnerville (1897-1991)Ce petit-fils d’esclave né en Guyane le 2 janvier 1897, élève brillantissime à la faculté de droit de Toulouse, sous-secrétaire d’État aux colonies en 1937 et 1938, était devenu sénateur du Lot (Gauche démocratique) en1948. Élu à la présidence du Sénat le 4 octobre 1958, au tout début de la Ve République, il s’oppose avec vigueur au projet gaullien d’élire le président de la République au suffrage universel et lance à ce propos l’accusation très grave de «forfaiture» (non sans fondement juridique).

Pendant les événements de Mai 68, quand le président de Gaulle s’éclipse à Baden-Baden, il s’en faut de peu qu’il n’assure la présidence de la République par intérim comme le prévoit la Constitution. Il s’en prend ensuite au projet de De Gaulle d’un nouveau référendum qui viserait à réduire le rôle de la haute Assemblée et, pour marquer son opposition, démissionne de la présidence du Sénat le 5 octobre 1968 (il n’a encore «que» 71 ans). Il est remplacé par Alain Poher. Sept mois plus tard, le 28 avril 1969, c’est ce dernier qui devient président de la République par intérim, le président de Gaulle ayant démissionné après l’échec de son référendum. Alain Poher assumera une deuxième fois l’intérim après la mort du président Pompidou, le 2 avril 1974 (Gaston Monnerville avait démissionné de son siège de sénateur un mois plus tôt, le 5 mars 1974).

L’exemple de Gaston Monnerville, aujourd’hui inconcevable, illustre le recul de la «diversité» au sein de la classe politique française au cours du dernier demi-siècle en dépit d’une très importante immigration. Ce recul concerne aussi les femmes, moins nombreuses parmi les élus qu’au début de la IVe République. À cela une raison principale : le cumul des mandats, qui permet à quelques jeunes hommes bien nés de consolider d’une élection à l’autre leur assise politique et d’exclure tous les francs-tireurs de la compétition.