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Le Flash d’Hérodote

chaque fois que l’actualité de l’Histoire le justifie

Archive pour février 2007

Voltaire, Mahomet et la tolérance

Mercredi 7 février 2007

Le 7 février 2007 s’est ouvert à Paris le procès de l’hebdomadaire satirique Charlie-Hebdo, auquel des groupes islamistes reprochent d’avoir publié les caricatures danoises de Mahomet.

À cette occasion, plusieurs témoins à décharge citent Voltaire (du moins le croient-ils) : «Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer». Cette célèbre formule, devenue en France le paradigme de la liberté d’expression, a été en fait inventée par un auteur anglo-saxon, Evelyn Beatrice Hall. Elle figure dans son livre : The friends of Voltaire (Les amis de Voltaire), publié en 1906 sous le pseudonyme S[tephen] G. Tallentyre.

Par cette formule faussement attribuée à Voltaire, le héros de l’affaire Calas, l’auteure a voulu exprimer l’idée qu’elle se faisait de lui. Or, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective. Il s’est réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s’est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron.

De ce point de vue, les milieux intellectuels n’ont guère évolué depuis Voltaire : ceux qui réclament (avec raison) le droit de critiquer sans entrave le fait religieux sont aussi (à tort) parmi les premiers à mettre des bornes à la liberté de penser l’Histoire (génocides, esclavage, colonisation,…).

Galilée et le réchauffement climatique

Mercredi 7 février 2007

Époustouflant. Rien ne prouve que le réchauffement climatique soit dû à l´homme, nous explique un éminent scientifique dans Le Monde du 7 février 2007 (page 20). Et de dénoncer une collusion entre scientifiques et politiques. «Lorsque les scientifiques et les politiques font bloc, ça ne présage rien de bon…» écrit-il. «Voir les précédents historiques».

Cette opinion en vaut une autre mais voyons les précédents historiques sur lesquels elle s’appuie :

Galilée-  Le premier ? «Lorsque Galilée a conclu que la Terre était ronde, le consensus unanime était contre lui, s´accordant sur la platitude de la Terre». L´auteur ignore-t-il que le Grec Ératosthène a calculé le rayon de la Terre 1800 ans avant Galilée ? Que lui-même et tous les gens cultivés qui l´ont suivi savaient parfaitement que la Terre était ronde ? Que Magellan et Del Cano ont fait le Tour du Monde un siècle avant Galilée ?

Rappelons enfin ce que sait tout bon collégien, que Galilée a été jugé par l’Inquisition pour avoir imprudemment développé la théorie de Copernic sur la rotation de la Terre autour du Soleil («Eppur si muove !»).

- L´autre précédent historique est du même tonneau : «À l´époque nazie, la théorie de la relativité fut rejetée… avec à l´appui une pétition de grands scientifiques».

S’il est vrai que des scientifiques nazis ont prétendu dès les années 1920 nettoyer la science allemande de toute trace non-aryenne, aucun n’a sérieusement contesté la théorie de la relativité car celle-ci avait dès 1919 reçu une confirmation expérimentale éclatante avec la mesure par l´Anglais Eddington de la déviation des rayons lumineux des étoiles à proximité du Soleil, à la faveur d´une éclipse, selon les prévisions d’Einstein.

Faut-il insister ? Ces erreurs témoignent d’un manque de rigueur qui invalide le rapprochement entre climatologues d’aujourd’hui, inquisiteurs et savants nazis que fait l’auteur, Serge Galam, physicien au CNRS et chercheur en épistémologie (l’étude des sciences !) à Polytechnique. Elles témoignent aussi de la légèreté du Monde, qui ouvre ses colonnes à ce «négationnisme climatique» comme, en 1979, au «négationnisme génocidaire» de Faurisson.