Nous désapprouvons la formule de notre ministre de l’Intérieur Manuel Valls qualifiant le parti tunisien Ennahda de «fascisme islamiste». Cette sempiternelle référence au fascisme ne résiste pas à l’examen.
Les partis dits «fascistes» de l’Entre-deux-guerres ont été appelés au pouvoir pour remédier à d’insolubles crises sociales et économiques : Horthy (Hongrie, 1919), Mussolini (Italie, 1922), Primo de Rivera (Espagne, 1923), Pilsudski (Pologne, 1926), Salazar (Portugal, 1928)…
Rien de comparable donc avec Ennahda (Tunisie) et les Frères musulmans (Égypte) qui menacent de renverser la fragile démocratie issue du «printemps arabe» et dont personne n’attend qu’ils sortent leur pays d’une crise sociale.
Il nous paraît plus pertinent de comparer les révolutions arabes de 2011 avec la Révolution de Février par laquelle les Russes ont en 1917 renversé le tsar et installé la république. Huit mois plus tard, cette république pleinement démocratique a succombé au coup de force bolchevique et cédé la place à un totalitarisme d’une brutalité sans précédent dans l’Histoire.
Qu’on ne s’y méprenne pas. Nous ne croyons pas que l’Histoire se répète. Nous n’osons imaginer que l’islamisme devienne le bolchevisme du XXIe siècle. Nous croyons seulement que l’Histoire emprunte les mêmes ingrédients hier comme aujourd’hui. Il importe de bien les identifier pour ne pas reproduire les mêmes erreurs…