Les Chypriotes passent sous protectorat européen, le peuple italien rejette la médecine du professeur Monti, la France se désindustrialise, l’Europe - Allemagne comprise -, plonge dans la récession…
Joseph Savès aborde cette actualité brûlante à la manière des anciens historiens, de Thucydide à Bainville.
En mettant en relation les faits passés et présents, notre chroniqueur s’efforce d’en extraire la cohérence et le sens. Âmes sensibles s’abstenir…
David Engels, historien de Rome, dresse dans Le Déclin une analogie entre notre situation et la République romaine sur sa fin. À écouter sur France Culture…
Grands Travaux de Gribouille
Nous avons montré dans notre analyse que le déficit commercial est à la racine du mal dont souffrent la France et les autres États méditerranéens de la zone euro.
Dans ces conditions, les Grands Travaux lancés par les gouvernements Sarkozy-Fillon et Hollande-Ayrault apparaissent comme autant de mesures susceptibles d’aggraver la crise : aéroport de Notre-Dame des Landes, tribunal des Batignolles (Paris), métro automatique francilien…
Ces travaux entraînent en premier lieu des dépenses foncières : achats de terrains qui vont grossir l’épargne de quelques riches propriétaires. Ensuite viennent les achats d’engins de BTP, essentiellement en Allemagne. Les emplois, en nombre très réduit, sont pourvus pour l’essentiel par l’Europe de l’Est et l’Afrique. Le reste des dépenses va arrondir les profits des groupes de BTP.
Tout cela pour un hypothétique profit dans dix, vingt ou trente ans au plus tôt (transports plus rapides, justice mieux rendue…), à supposer que, d’ici là, l’économie française ait repris des couleurs.
Aujourd’hui, comme autrefois, dans les périodes plus souriantes, les édiles hexagonales témoignent de leur addiction aux Grands Travaux (canal de Riquet, réseau Freycinet…). Cela est dans notre nature. Pourquoi pas? Mais aujourd’hui, ces investissements de prestige aggravent le déficit commercial et affaiblissement l’économie nationale à un moment où elle est au plus mal.
Notons à l’adresse des laudateurs du «modèle allemand» que notre voisin d’Outre-Rhin s’est soigneusement gardé d’investir dans les infrastructures intérieures dans les années 2000, quand il a décidé de relancer ses exportations et, par voie de conséquence, son industrie.
